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ECLAIR, avis de tempête au sein de l’Education Nationale

La rentrée scolaire 2011 verra l’application d’une réforme concernant l’éducation prioritaire. Dénommée ECLAIR(1) cette réforme, avant même son application, a déjà déclenché les foudres des équipes pédagogiques et des syndicats enseignants aussi bien sur le fond que sur la forme.

Après les ZEP (Zones d’Education Prioritaire), les RAR (Réseau Ambition Réussite), voici le nouvel acronyme concernant l’éducation prioritaire qu’il faudra retenir : ECLAIR (Ecoles, Collèges, Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite).

Les prémices de cette réforme ont été exposées lors des Etats Généraux sur la Sécurité à l’Ecole(2) , au printemps 2010. Luc Chatel , Ministre de l’Education, y détaillait le dispositif, dénommé alors CLAIR (Collèges, Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite). Le programme CLAIR, mis en place à la rentrée scolaire 2010, concernait 106 établissements et se caractérisait par trois nouveautés majeures :

– le choix des enseignants par les chefs d’établissement et les moyens mis à disposition pour attirer les professeurs déterminés à relever ce défi. « Il faut que quand un professeur vient dans un établissement, il y vienne parce qu’il partage son projet et qu’il s’engage sur cinq ans… On veut des enseignants supermotivés et qui seront récompensés pour ça« , déclarait le ministre. Il a annoncé que ces enseignants suivraient une formation préalable et bénéficieraient d’une rémunération et d’avantages de carrière spécifiques.

– l’invitation à innover, les enseignants seront encouragés à avoir un large recours à l’expérimentation.

-la mise en place d’un préfet des études, nommé par niveau. Il en a l’entière responsabilité sur le plan pédagogique et éducatif.

 

Alors que M.Chatel affirmait le 25 juin 2010 « s’il fonctionne, le programme CLAIR a pour vocation d’être étendu et de remplacer le réseau d’éducation prioritaire », en janvier 2011, il annonce que le dispositif sera étendu à la plupart des établissements RAR (Réseau Ambition Réussite) après seulement 3 mois d’évaluation. Il est alors rebaptisé ECLAIR (Ecoles, Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite), pour y inclure les écoles. Les réactions syndicales et du monde de l’enseignement pleuvent. Ils déplorent « l’absence de concertation » critiquant la généralisation d’un dispositif avant son évaluation. Certains souhaiteraient que le Parlement ait son mot à dire concernant les mesures qui régissent l’Education nationale, dans un débat transparent et contradictoire pour ainsi éviter la mise en place d’un dispositif à la vitesse de l’ECLAIR .

Quant au fond, cette réforme soulève de nombreuses questions :

Le choix des enseignants par les chefs d’établissements : ces derniers postuleront désormais sur des postes à profil et seront ensuite choisis par le chef d’établissement. Jusqu’ à maintenant, l’affectation d’un professeur du public dépendait de son ancienneté, de sa situation familiale ou de son lieu d’habitation plutôt que de son aptitude à enseigner dans des classes difficiles.

En septembre 2010,  Luc Chatel précise aux inspecteurs: « Vous recevez les candidats au cours d’un entretien afin de vous assurer de leur volonté de s’investir dans le projet de l’établissementLes chefs d’établissement formulent un avis sur le recrutement, le transmettent au recteur qui prononce l’affectation des personnels retenus ».
Ces affectations sont prononcées pour une période de 5 ans.  Pour l’intersyndicale du 14 décembre 2010(3), ce changement ouvre la voie à une dérèglementation, notamment du statut des enseignants.  Une remise en cause profonde de la tradition et de la procédure d’affectation des fonctionnaires de l’Éducation nationale s’opère. Pour d’autres, c’est par un recrutement plus libre des professeurs et une gestion moins centralisée que la qualité de l’enseignement progressera.

L’invitation à innover : les expérimentations privilégient les actions menées en classe et portent en priorité sur l’acquisition des fondamentaux dans le premier degré et sur leur renforcement au collège. Le projet pédagogique se centrera plus sur les connaissances du socle commun. Certains y voient là une éducation au rabais. Le Syndicat National des Lycées et des Collèges (SNALC) souligne   « le risque d’accroître les disparités d’accès au savoir (…) par l’adaptation locale des contenus d’enseignement ».

La notion de Préfet des Etudes reste à déterminer dans la pratique. Le Préfet des Etudes sera-t-il un super CPE ou un nouveau type d’enseignant référent  qui  impulsera et encadrera des projets pédagogiques ? Parfois oui, parfois non. « Cela dépendra de la décision locale », explique Jean-Michel Blanquer, le directeur de l’enseignement scolaire, rue de Grenelle.

Par ailleurs, le nombre d’établissements intégrant le réseau ECLAIR  diminue par rapport à ceux concernés par les Réseaux Ambition Réussite (RAR).  D’après le Ministère, certains, dont le classement RAR ne se justifie plus, peuvent sortir du dispositif et certains établissements qui avaient été oubliés ou dont la situation a évolué négativement peuvent entrer dans les ECLAIR. Pour les syndicats,  il s’agit d’un démantèlement de l’éducation prioritaire. D’après le programme ECLAIR, les RAR n’existant plus à la rentrée 2011 (malgré un bilan encourageant paru en janvier 2011), les recteurs devront choisir la façon dont ils accompagnent les écoles et les collèges « ambition réussite » qui ne deviennent pas ECLAIR.

Enfin, le fait que le programme CLAIR ait été présenté pour la première fois lors des Etats Généraux sur la Sécurité à l’Ecole souligne l’approche sécuritaire de cette réforme.  L’amalgame de la politique sécuritaire et de la politique éducative est dangereux quant aux évolutions à donner à  l’éducation prioritaire et semble confondre les enjeux.

La volonté de changement est bien présente au sein de l’Education Nationale,  reste à savoir si la manière d’engager ces changements ne nuira pas au processus lui-même…affaire à suivre.

(1) Vademecum Programme ECLAIR
(2) Clôture des états généraux de la sécurité à l’école : discours de Luc Chatel, 8/04/2011
(3) L’intersyndicale s’oppose au dispositif CLAIR

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