Points de vue

La génération Y porte plainte contre X

Un sondage Ipsos-Logica Business Consulting pour Le Monde* fait ressortir la sévérité du jugement que portent les Français sur leur jeunesse : égoïstes, paresseux, intolérants. Avec à la clé une envie très mitigée des Français de payer pour résoudre les difficultés des jeunes. Si ce sondage devait s’avérer exact, et qu’il faille y apporter une réponse, le jugement des jeunes devrait lui aussi s’avérer sévère.

Non, nous ne sommes pas égoïstes. En 2006, lors du débat sur le Contrat Première Embauche, nous nous sommes mobilisés pour les plus fragiles d’entre nous. Bien souvent plus âgés que les premiers concernés, nous sommes pourtant venus les défendre, et pour refuser qu’on nous ancre, sans nous consulter, dans une vie précaire. En 2010, nous avons manifesté à vos côtés pour vos retraites, bien plus que pour les nôtres qui nous paraissent tellement incertaines. Nous faisons cela dans la rue, notre seul vrai parlement, car où pourrions-nous le faire ? Et nous agissons dans nos villes aussi, nos voisinages, où nous pouvons voir le produit de nos efforts.

Non, nous ne sommes pas paresseux. Nous étudions plus longtemps que vous, et c’est votre fierté de nous l’avoir permis. Pourtant, à la sortie, les places sont toujours aussi chères. Nous bataillons pour trouver ces emplois, ceux qui paieront vos pensions, vos traitements médicaux. Nous écrivons des CV, des lettres, par centaines, toutes différentes et adaptées autant que possible à nos interlocuteurs, pour mieux vous séduire. Avez-vous jamais dû en écrire autant ? Et nous bataillons encore pour conserver ces emplois souvent temporaires, péniblement arrachés, mais qui sont les nôtres.

Non, nous ne sommes pas intolérants. La diversité, entre autres, nous l’avons intégrée car nous savons qu’elle est la France d’aujourd’hui. Et l’égarement du vote extrême est une triste réalité que nous partageons tous.
Nous poursuivons vos rêves et continuerons à le faire, par envie probablement, respect, certainement, réflexe éventuellement. Mais sachez-le : déjà aujourd’hui ces rêves, la retraite à 60 ans comme le reste, prennent de plus en plus pour nous l’aspect d’une illusion ancienne. Obscurément et malgré nous, nous sentons déjà que nous n’y aurons plus droit.

Comment ferions-nous autrement ? Comment croirions-nous, et en quoi ? Les grandes idées, les modèles disponibles ont montré leurs limites, quand ils ne se sont pas purement et simplement effondrés sous vos yeux et les nôtres. Notre actualité la plus brûlante est celle d’une économie qui ploie sous le fardeau de la dette, qui ne permettra peut-être plus d’investir sur l’avenir. Et nous paierons demain pour rembourser les écarts d’hier. Avec en héritage ces appartements qui nous sont aujourd’hui inaccessibles, et le fruit de votre épargne de toute une vie, dont la valeur s’effrite chaque jour.

Nous avons joué la carte de l’intergénérationnel, et n’avons pas l’intention de nous en détourner, car vous nous avez transmis cette valeur. Mais si trouver et financer les remèdes à nos difficultés d’aujourd’hui n’est pas à votre goût, où est notre intérêt ? Pénalisés par les systèmes sociaux faute de pouvoir cotiser au travers d’emplois stables et justement rémunérés, jouerons-nous encore le jeu demain, si vous le biaisez aujourd’hui ? L’égoïsme, comme l’altruisme, se suscite. Vous nous avez transmis le second. Gardons-nous que le premier ne germe dans un injuste partage de la note. Et que nous ne lâchions cette précieuse carte, lorsque vous n’aurez plus la force de vous battre, sous prétexte qu’en matière de générations, le temps est le vrai pouvoir.

Tout ceci, nous nous gardons bien de le penser, encore moins de le dire, trop conscients que nous sommes que nos destins sont étroitement imbriqués. Pour inventer ce nouveau monde, délivré des défauts d’hier, nous avons besoin de vous, comme vous avez besoin de nous pour le mettre en œuvre, et le rendre durable. Et ce n’est que la lucidité sur la réalité de nos difficultés respectives et, surtout, sur cette communauté d’intérêts et de destins, qui nous permettra d’y arriver.

*Sondage Ipsos-Logica Business Consulting pour Le Monde

2 Réponses pour “La génération Y porte plainte contre X”

  1. Bonjour ; plutôt d’accord avec la critique de cette étude que vous faites. Je me permets de partager un article que j’ai écrit cette semaine et qui va dans le même sens : http://www.roxane-company.com/2011/11/24/egoistes-paresseux-intolerants-bullshit/
    Merci

  2. Stephanie Sellam dit :

    Bonjour Emmanuel,
    Merci pour votre commentaire, et je profite de cette occasion pour saluer votre démarche. Prenons la parole pour que les choses changent! A bientot

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