Points de vue

Le changement de génération s’arrêtera-t-il aux portes du Palais-Bourbon ?

En 2002, 2% des députés avaient moins de 35 ans : si les 12 élus concernés avaient décidé de s’unir au sein d’un parti, ils n’auraient pas pu former de groupe parlementaire.

Au-delà des déclarations d’intention, un renouvellement est-il en cours ?

Sur les 7640 candidats qui vont se présenter devant les électeurs dimanche, 12% ont entre 23 et 35 ans. Cette proportion, en apparence non-négligeable, mérite qu’on s’y attarde un peu plus.

Au-delà des variations régionales, la différence se joue principalement entre grands et petits partis. En haut du tableau, l’on trouve la LCR, avec 29% de jeunes candidats, et le MPF, qui en présente plus de 70, deux partis où l’on peut être porte-parole (Olivier Besancenot) ou numéro deux (Guillaume Peltier) à moins de 30 ans. Puis un saut important a lieu jusqu’au MoDem (13,3%) et aux Verts (11,0%) avec une proportion avoisinant la moyenne. Le FN et le PCF se situent un peu plus loin avec respectivement 10,1% et 8,8%. En bas du tableau, le PS (6,5% des candidats) et l’UMP (4,6%).

Ainsi, à droite comme à gauche, le choix apparaît simple : être investi à 25 ou 30 ans dans un petit parti, avec de plus faibles chances d’être élu, ou être investi 15 à 30 ans plus tard dans un plus grand parti.

De 2% de jeunes députés à 12% de jeunes candidats : assisterait-on à un rajeunissement massif de l’Assemblée ? Rien n’est moins sûr. La plupart des circonscriptions attribuées à des jeunes par les principaux partis semblent peu prometteuses. Sur les 25 jeunes présentés par l’UMP, 8 le sont dans des circonscriptions gagnées par l’UMP en 2002. Idem pour le PS qui, sur les 33 circonscriptions où des jeunes sont présentés, en a seulement gagné 3 en 2002, 5 autres ayant été gagnées par la gauche face à des candidats de droite. Si l’on s’en tient à ces deux partis, qui pourraient selon les sondages concentrer près de 90 % des sièges, il pourrait y avoir entre 10 et 15 députés de moins de 35 ans à l’Assemblée, c’est-à-dire… comme aujourd’hui.

La France fait partie des exceptions parmi les principaux pays développés, aux côtés des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l’Italie. Dans la plupart des autres pays d’Europe, les moins de 35 ans sont intégrés dans le paysage politique aux côtés de leurs aînés et représentent un député sur 6 ou sur 10 : 11% en Allemagne et en Espagne, près de 17% aux Pays-Bas. Outre que ces pays n’en fonctionnent visiblement pas moins bien, la formation de nouvelles générations politiques s’y fait progressivement et non par ruptures. Si la différence d’expérience y est toujours marquée par une moindre représentation des jeunes, elle est sans commune mesure avec la situation française.

Il n’est ni possible, ni indispensable que la composition du Parlement reflète parfaitement celle du pays. Mais que des pans entiers de la société – femmes, hommes et femmes de couleur ou jeunes adultes – en soit durablement exclus nuit à son crédit.

Or, 2%, c’est bien trop peu pour porter la voix de près d’un Français sur cinq. Trop peu à l’heure de réformes d’ampleur qui pèseront sur l’avenir des jeunes. Trop peu alors que cette génération, qui s’est mobilisée pour les derniers scrutins, attend que les décisions ne soient plus prises pour elle, mais avec elle.

Cette génération a montré qu’elle avait des choses à dire. Donnons lui une voix démocratique.

(1) Source : étude actenses, 2006-2007

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